Quand on apprend un nouveau sujet, qu’on étudie une matière ou que l’on s’exerce pour la première fois, nous sommes frustrés par la difficulté rencontrée. Les premiers progrès survenant assez vite, la difficulté tend à baisser, nous devenons plus à l’aise avec l’information en cours d’apprentissage et avec l’exercice. La satisfaction remplace peu à peu la frustration de l’échec mais ce n’est pas la bonne solution.

Sans difficulté, sans frustration, il ne peut y avoir de développement de compétences.

La difficulté est vertueuse dans l’apprentissage. Quand nous n’avons plus de mal à pratiquer, nous n’apprenons plus. Plus l’effort demandé est intense, plus la preuve de notre incompétence est réelle et plus nous apprenons. La difficulté devient une mesure du progrès, un exercice difficile annonce un progrès à venir alors que l’aisance annonce un progrès passé et une stagnation à venir.

L’apprentissage devra être une quête paradoxale, la recherche de l’aisance par la poursuite de la difficulté.

Pourquoi la difficulté aide-t-elle à apprendre efficacement ?

La difficulté est un indicateur. Si l’effet Dunning-Kruger est un fléau, la difficulté est le sien. Nous entrons facilement dans un état d’aisance cognitive qui est bien plus agréable à vivre que la frustration de l’échec. Quand la connaissance devient plus familière nous avons tendance à nous sentir en maîtrise, à penser que nous comprenons correctement le sujet. La recherche de la difficulté, la pratique du test et le challenge de nos compétences pourra venir comme un outil pour percevoir nos états d’aisance cognitive et notre capitulation à l’effet Dunning-Kruger. Se soumettre à la difficulté nous permettra de sortir de l’illusion en exprimant notre manque de compétence, nous permettant d’identifier les lacunes auxquelles nous faisons face.

Plus il sera facile pour vous de retrouver une connaissance ou de pratiquer une compétence, moins vous bénéficierez de la pratique de la récupération. Make It Stick

Comme vous le savez maintenant, la meilleure technique d’apprentissage est la récupération de mémoire d’une information. Plus l’effort pour retrouver la connaissance sera exigeant et plus intense sera la concentration et plus fortes seront les nouvelles liaisons neuronales produites. La difficulté renforce toute la procédure d’impression cérébrale.

Augmenter la difficulté, aller chercher la frustration de l’échec devrait être le but perpétuel de notre apprentissage.

Comment augmenter la difficulté ?

La difficulté peut s’obtenir systématiquement et méthodiquement. D’abord, suivez la courbe de l’oubli, espacez votre pratique, quittez la familiarité avec le sujet pour perdre l’illusion de connaissance. Cette période d’oubli vous permettra d’accroître la difficulté de la prochaine pratique et d’ancrer plus profondément la connaissance pour une maîtrise postérieure plus durable.

Entrelacez vos pratiques en vous exerçant à plusieurs sujets, plusieurs types d’exercice ou en menant des projets exigeant de nombreux types de connaissances. Cette hausse artificielle de la difficulté vous forcera à redoubler d’efforts pour acquérir la connaissance.

Pourquoi est-il impératif de saisir ce paradoxe ?

Le paradoxe de la difficulté dans l’apprentissage est essentiel car il vous permet de développer un plaisir malsain pour la frustration. Quand nous ne comprenons pas que la difficulté est essentielle nous pouvons nous laisser aller à des pensées parasites. Pourquoi je n’y arrive pas ? Suis-je mauvais ? Suis-je bête ? Toutes ces personnes y parviennent, pourquoi pas moi ? D’abord, les experts ont galéré avant nous. Ensuite, il est démontré que ces pensées pervertissent notre esprit et nuisent à la qualité de la concentration et donc de l’apprentissage. Votre mémoire de travail n’est pas à son plein potentiel et vous réfléchissez moins-bien, avancez moins vite et apprenez moins efficacement.

Comprendre que la recherche de la difficulté, son surpassement puis son retour sont essentiels au développement de compétences complexes.

La difficulté est-elle toujours désirable ?

Non. La difficulté n’est désirable que quand elle concerne la compétence directe que vous souhaitez obtenir. Si la difficulté provient d’un manque de connaissance d’une langue, d’un manque d’aisance avec un système informatique, si elle provient d’une cause autre que le manque de compétence à développer, la difficulté nuit à l’apprentissage. Une difficulté est désirable quand sa source est directement liée à notre initiation à la compétence développée et qu’elle peut être dépassée par l’effort.

Si vous souhaitez progresser, commencez dès maintenant à percevoir la difficulté comme source de croissance. Prenez plaisir à galérer, vous n’en sortirez que grandis.

Photo © Wesley Tingey