Dans un monde rapide et changeant ou nous mesurons le succès sur des résultats chiffrés. Dans un monde hasardeux et plein de doutes, nos humeurs fluctuent, nous faisons face à un stress intense, avons peur de rater des opportunités et l’avalanche d’informations nous fait douter de la bonne marche à suivre.

La philosophie stoïcienne peut servir de garde-fou. De guide dans la pénombre nous permettant de suivre la voie qui nous importe. Je vous propose de découvrir une philosophie antique et pratique qui n’a jamais autant été d’actualité.

Qu’est-ce que le stoïcisme ?

Ryan Holiday, auteur à succès et porte-étendard du stoïcisme dans le monde nous donne une belle définition.

Pour ceux d’entre nous qui vivons dans le monde réel, il y a une branche de la philosophie créée rien que pour nous : le stoïcisme. C’est une philosophie créée pour nous rendre plus résiliants, heureux, vertueux et plus sage - et en résultat, de meilleures personnes, de meilleurs parents, de meilleurs professionnels.

Voici ce qu’est le stoïcisme, une philosophie pratique, à appliquer au jour le jour, une philosophie qui se travaille.

Vous me demanderez comment peut-elle se traduire dans notre vie ? Je vous répondrai par l’exemple d’un non stoïcien qui a pourtant mieux incarné que quiconque cette philosophie : Winston Spencer Churchill.

Ce n’était pas un stoïcien proclamé et je n’ai rien trouvé qui atteste de son étude des anciens. Pourtant, Winston Churchill a fait preuve d’un grand acte stoïque en 1940. Quand la France tombe entre les mains des Nazis, quand la Russie est alliée à Hitler et que les États-Unis prônent la neutralité, l’Angleterre devient le dernier rempart du monde libre et fait face seule a la terreur. Pire encore. Quand la majorité des politiciens britanniques souhaitent faire la paix avec Hitler, Churchill incarne ce rempart : voici ce que Churchill a dit le 18 juin 1940 à la chambre des communes :

Armons-nous donc de courage pour faire face à nos devoirs, et comportons-nous de telle sorte que, si l’Empire britannique et le Commonwealth durent mille ans encore, les hommes puissent dirent « C’était leur plus belle heure ».

« C’était leur plus belle heure » quand vous êtes seuls face à votre parti à comprendre que la guerre est inéluctable, quand vous êtes le seul pays au monde à pouvoir arrêter l’ogre nazi : comment tenir ce genre de discours ? Le stoïcisme peut être une partie de la réponse.

De grands hommes sont reconnus stoïciens, Nassim Nicholas Taleb, Benjamin Franklin, Michel De Montaigne, l’empereur Marc-Aurèle, Descartes, Pascal, Georges Washington, Simone Weil, Arthur Shopenhauer, Bill Clinton et j’en passe.

Le stoïcisme est une philosophie pratique pouvant être utilisée par tous et pour servir nos buts. Cette philosophie nous invite à nous concentrer sur ce que l’on peut changer dans notre vie, rien d’autre.

Histoire rapide du stoïcisme

Fondée par Zénon de Kition au 3ᵉ siècle avant JC à Athènes, son nom provient du lieu de son enseignement originel. Le terme stoïcisme signifie portique des peintures, car il était enseigné sous un portique grec, soit un ensemble de colonnes.

Le stoïcisme fait partie des 3 principales disciplines philosophiques grecques : Epicurisme d’épicure, le scepticisme de Sextus Empiricus et stoïcisme de Zenon de Kition.

Cette philosophie est diffusée dans la Grèce Antique mais devient particulièrement influente et importante à la Rome Antique via Cicéron, Sénèque, Marc-Aurèle et Epictète notamment.

Il disparait avec le christianisme puis trouve un regain d’intérêt chez des philosophes tel que Montaigne. Enfin, à notre époque, il est à nouveau partagé depuis la fin du XXᵉ siècle.

Les 4 points clés du stoïcisme

Pour vous présenter brièvement cette philosophie je vais reprendre les 4 axes de Ryan Holiday. Le stoïcisme repose donc sur : le courage, la tempérance, la justice et la sagesse.

Le courage

Reprenez l’exemple de Churchill. N’est-ce pas là l’illustration parfaite du courage ?

Sénèque disait que la mauvaise Fortune, que les coups du sort permettent de forger un homme. C’est face à l’adversité que nous pourrons progresser et nous améliorer : ce sont les moments de tension et de doutes qui forgent notre personnalité et déterminent le type de personne que nous sommes.

Le stoïcien s’arme donc de courage pour faire face et agir, faire ce qu’il doit faire quand il doit le faire.

La tempérance

Le stoïcisme invite à ne pas faire d’excès. Cela commence par la nourriture, l’alcool et autres plaisirs de la vie, mais ce n’est pas tout. Le stoïcisme invite à avoir un certain détachement avec toute sorte de chose : projets professionnels, peurs de l’échec, etc.

Le stoïcisme invite à vaincre son égo, à quitter les passions pour chercher une certaine stabilité émotionnelle, propice au développement d’idées à et la gestion rationnelle et intelligente de nos affaires.

C’est tout particulièrement cet aspect qui m’a mené vers le stoïcisme. Cette pratique et mes réflexions autour de ce domaine m’aident à gérer mon stress et mes peurs potentielles.

Il faut toujours se souvenir de ceci : quelle est la nature du Tout ? Quelle est la mienne ? Comment celle-ci se comporte-t-elle à l’égard de celle-là ? Quelle partie de quel Tout est-elle ? Noter aussi que nul ne peut t’empêcher de toujours faire et de dire ce qui est conforme à la nature dont tu fais partie. Marc-Aurèle

La justice

Pour les stoïciens la justice est extrêmement importante. La justice en termes de pouvoir administratif mais aussi celle de la vie quotidienne. Il s’agit de ne pas condamner le comportement des autres trop hâtivement, de ne pas tirer de conclusions hâtives ou de stigmatiser des personnes.

Je vais vous raconter une histoire à propos de Marc-Aurèle, empereur de Rome. En 175, Avidius Cassius un commandant militaire Romain et gouverneur de Syrie, tente d’usurper le titre d’empereur. Il est vaincu et le sénat le déclare ennemi public. Marc-Aurèle, prônait la voie du pardon. Quand une mutinerie éclate dans le camp de Cassius et que ses soldats le décapitent, ils envoient sa tête à Marc-Aurèle qui refusera de la voir. Il demanda de l’enterrer dignement. Juste et tempérant donc.

Dès l’aurore, dis-toi par avance : « Je rencontrerai un indiscret, un ingrat, un insolent, un fourbe, un envieux, un insociable. Tous ces défauts sont arrivés à ces hommes par leur ignorance des biens et des maux. Pour moi, ayant jugé que la nature du bien est le beau, que celle du mal est le laid, et que la nature du coupable lui-même est d’être mon parent, non par la communauté du sang ou d’une même semence, mais par celle de l’intelligence et d’une même parcelle de la divinité, je ne puis éprouver du dommage de la part d’aucun d’eux, car aucun d’eux ne peut me couvrir de laideur. Marc-Aurèle

La sagesse

Les stoïciens vouent presque un culte à l’érudition. Pour être juste, tempérant et trouver le courage les stoïciens invitent à apprendre. Apprendre par les livres, apprendre par les expériences et apprendre par la réflexion personnelle.

La diète est une peine pour l'intempérant ; le travail, un supplice pour le paresseux ; la continence désole le débauché ; et l'activité, l'homme qui n'y est point fait ; l'étude semble une torture à un esprit inappliqué ; de même les épreuves pour lesquelles nous sommes tous si faibles, nous les croyons dures et intolérables, oubliant que pour bien des hommes c'est un tourment d'être privés de vin ou réveillés au point du jour. Ces épreuves ne sont pas difficiles en elles-mêmes ; c'est nous qui sommes lâches et ramollis. Sénèque.

Le stoïcisme et la stratégie des haltères → Taleb

Prenez garde. Ne soyez pas de ceux qui prennent tout au pied de la lettre. Beaucoup de stoïciens modernes pensent que cette philosophie invite à un détachement de tout, à ne pas chercher à cultiver l’ambition, l’amour, le succès ou la richesse.

C’est faux. C’est une interprétation académique détachée de la vraie vie. D’ailleurs c’est pour cela que Sénèque est critiqué. Ce n’est pas le stoïcien par excellence : en son temps ce fut l’homme le plus riche de Rome. Un équivalent de Jeff Bezos en plus érudit et plus sage.

D’ailleurs quand on regarde bien, Zenon, le créateur du stoïcisme sous le portique était investisseur. Pas forcément quelqu’un de pauvre, ni détaché de l’argent n’est-ce pas ?

Se détacher de tout comme le propose les extrémistes ne pousse qu’à la culpabilité, à l’amertume et à la tristesse. C’est un art de vivre pas une finalité.

J’aime la vision de Taleb. L’objectif est de rendre sa vie antifragile, de ne plus dépendre des coups du sort et des aléas. De s’endurcir. Sénèque était stoïcien car il considérait que la richesse rendait fragile : plus vous en avez, plus vous avez à perdre et donc, plus vous allez vous angoisser d’un rien.

Il faut cultiver la vision négative, simuler une vie sans le sou, utiliser régulièrement le minimum nécessaire. Faire preuve de tempérance quoi.

Le stoïcisme consiste à domestiquer les émotions, pas les supprimer.

Selon moi, le sage stoïcien moderne est quelqu'un qui transforme la peur en prudence, la douleur en information, les erreurs en une initiation, et le désir en entreprise. - Nassim Nicholas Taleb

L’adoption du stoïcisme permet de profiter d’une asymétrie positive et donc de la non-linéarité des bénéfices de la vie. Jetez un œil à cet articlepour creuser le principe de non-linéarité positive.

Le stoïcisme appliqué avec intelligence et tempérance vous permet simplement de devenir chanceux au sens de Philippe Gabilliet : de tirer profit de l’inattendu.

Pour finir là-dessus, j’aimerais vous partager la comparaison par Taleb d’un stoïcien et d’un bouddhiste que je trouve géniale :

Aux lecteurs qui se demandent quelle est la différence entre le bouddhisme et le stoïcisme, je donnerai cette simple réponse : un stoïcien est un bouddhiste qui a de l'allure et qui envoie le destin se faire voir.

Ok très bien, comment le pratiquer ?

Livres

  • L’obstacle est le chemin de Ryan Holiday, je trouve que c’est le meilleur livre pour se mettre au stoïcisme. Ryan Holiday le pratique régulièrement et produit énormément de contenu à ce sujet. Ce livre est très abordable et vous posera les bases.
  • L’égo et l’ennemi de Ryan Holiday, on peut le voir comme une suite à l’obstacle est le chemin. Il est très intéressant et traite des dommages de l’égo sur notre vie.
  • Lettres à Lucillius de Sénèque, là on entre dans le dur. Dans les livres de stoïciens antiques. Sénèque, homme le plus riche de Rome et plein de sagesse conseille le jeune Lucillius. On retrouve des règles pratiques qui ont beaucoup de sens aujourd’hui.
  • Le manuel d’Épictète, ancien esclave qui a su « aimer » sa condition, Epictète nous livre des conseils pour vivre une vie malgré des conditions particulièrement difficiles. On peut difficilement faire pire condition que celle d’esclave.
  • Les pensées pour moi-même de Marc-Aurèle. Celui-ci est extraordinaire. Écrit lors d’un voyage de Marc-Aurèle pour solidifier la présence de l’Empire dans les provinces orientales les pensées pour moi-mêmes sont un recueil. C’est le journal de Marc-Aurèle. Ce livre n’a jamais été écrit pour être publié, c’est un peu intrusif mais d’une grande aide pour quiconque. Marc-Aurèle était un empereur philosophe qui n’a connu que guerres et épidémies pendant son règne : le stoïcisme fut un guide pour mener sa vie au mieux.
  • Antifragile de Nassim Nicholas Taleb : Ce n’est clairement pas un livre de stoïcisme. Plutôt un livre philosophique traitant de la volatilité de la vie, de la finance et du monde. Taleb est adepte du stoïcisme et adapte son concept d’Antifragilité au niveau personnel à travers le stoïcisme. C’est une lecture incroyable mais clairement pas une priorité pour aborder cette philosophie.

Articles et vidéos

  • DailyStoic : le blog et la chaine YouTube de Ryan Holiday. Tout simplement.

Et dans la pratique ?

  • Journaling, c’est clairement ma pratique favorite à laquelle je m’adonne quotidiennement. L’objectif est de tenir un journal, de suivre ses évolutions, se poser des questions, etc. Je vous ferai un article détaillé à ce sujet. Vous pouvez aussi pratiquer la méditation mais je n’y arrive pas, ça me gonfle.
  • Visualisation négative, c’est au cœur de la philosophie stoïcienne. Au lieu de nous dire je serai heureux quand …, visualisez ce qui pourrait vous arriver de pire. Perdre un être cher, perdre votre activité actuelle, etc. Utilisez votre journal pour ça.

Il existe une multitude d’autres pratiques qui feront l’objet d’articles dédiés